Les aveugles à la conquête du ciel

Les aveugles à la conquête du ciel

Résumé : "Tout le monde savait que c'était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l'a fait".
 
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Par Dorothée MOISAN

LUCHON (Haute-Garonne), 4 août 2004 (AFP) - "Tout le monde savait que c'était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l'a fait". Cette phrase de Marcel Pagnol, Patrice Radiguet en a fait sa maxime depuis cinq ans qu'il dirige la seule association européenne de pilotes handicapés visuels, "les Mirauds volants".
Mal-voyant de naissance et pilote depuis près de 15 ans, cet ancien maître de braille de la région toulousaine entend démontrer aux déficients visuels que le pilotage, domaine par excellence de la vision parfaite, n'est pas réservé aux seuls bien-voyants. Un défi devenu beaucoup plus accessible grâce à la conception récente d'un dispositif d'aide au pilotage.
"Un jour, en novembre 2002, m'est tombé au bout du téléphone un ingénieur du groupe Thalès, Joël Salvador", se souvient Patrice Radiguet. Commence alors "l'une des plus belles aventures de l'association".
En stage d'un an sur "la conduite d'affaires", Joël et sept de ses collègues de chez Thalès ont eu l'idée de mettre au point un système, le
"SoundFlyer", qui permettrait de mieux intégrer mal et non-voyants au sein des aéroclubs. "C'était une cause sympathique, très fédératrice, alors l'employeur a accepté de nous suivre", raconte-t-il aujourd'hui.
Un an et demi plus tard, le logiciel est parfaitement opérationnel et les droits ont été intégralement et gratuitement légués aux Mirauds volants, basés près de Toulouse.
Transporté dans une simple sacoche, le SoundFlyer s'arrime aisément au siège. Il équipe ainsi le pilote, et non l'avion, qui requerrait une certification spéciale. Le déficient visuel peut ainsi prendre les commandes de n'importe quel avion ou planeur.

"Révolutionnaire"

Les informations recueillies par un GPS (système de navigation par satellite) et un gyromètre (qui détecte les accélérations de l'appareil) sont envoyées à un calculateur qui les restitue sous forme de sons dans le casque du pilote handicapé. Codées en notes de musique, les variations d'assiette (l'aéronef monte ou descend) et d'inclinaison (il vire à droite ou à gauche) sont rendues accessibles par l'oreille.
"Plus on monte, plus les notes sont aiguës. Plus on pique, plus elles sont graves", explique Patrice. "Si on incline à gauche, on ne reçoit un son que dans l'oreille gauche, et inversement à droite".
Un clavier de commandes placé sur ses genoux lui permet aussi d'interroger son GPS pour obtenir, en synthèse vocale, des informations sur l'altitude de l'avion, sa vitesse au sol ou encore la route suivie.
Jusqu'à présent, le pilote instructeur "prêtait ses yeux" au pilote handicapé visuel. Véritable "tableau de bord parlant", il informait vocalement son élève des paramètres de vol nécessaires pour tenir le manche.
Désormais, avec le SoundFlyer, ça n'a plus rien à voir. "Bien sûr, nous ne serons jamais seuls aux commandes et nous ne passerons jamais de brevet de pilote", reconnaît Patrice, jugeant "inconvenant de laisser croire que le SoundFlyer vient subitement de gommer le handicap visuel dans l'accès au pilotage des personnes aveugles ou mal-voyantes". Certains domaines, comme la surveillance des paramètres moteur ou la sécurité active du vol, "seront toujours l'affaire d'une paire d'yeux valides".
Mais incontestablement, les Mirauds volants ont gagné en autonomie à bord, tout en soulageant la charge de travail de leur instructeur. "C'est
révolutionnaire, sensationnel", témoigne Fabien Barreau, instructeur à l'aérodrome de Luchon : "En plaine, lorsqu'il n'y a pas d'obstacle, je ne suis là qu'en spectateur, juste au cas où..."
dom/sp

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